Retenez le Refrain !

La sélection du psaume pour le troisième dimanche après l’Épiphanie est 62:5-12. Comme c’est souvent le cas, le chef du culte est confronté au choix de lire le psaume entier ou de n’y aller que des versets sélectionnés. En faveur de la lecture du psaume entier est la répétition dans les versets 1 et 5 du refrain.

Remarquez le refrain (et remarquez qu’il y a une légère variation dans la deuxième clause du refrain):

1Pour Dieu seul mon âme attend en silence;
de lui vient mon salut.

2Il est seul mon rocher et mon salut,
ma forteresse; je ne serai jamais ébranlé.

5 Pour Dieu seul mon âme attend en silence, 1
car mon espérance vient de lui.

6 Lui seul est mon rocher et mon salut,
ma forteresse; je ne serai pas ébranlé.

Si l’on choisit de ne lire que les vers choisis, on rate la répétition — et donc l’emphase — du refrain. La suggestion ici est donc de conserver le refrain. Cependant, le chef de culte qui ne suit que la seconde moitié du psaume peut toujours se concentrer sur la confiance exprimée dans ces versets.

Alors quel est ce psaume? C’est une partie de confiance et une partie d’instruction. Quant à la partie qui est « confiance », cette note est évidente dans le refrain (noté ci-dessus, versets 1, 5) ainsi que dans l’expression finale de confiance, qui confesse « que le pouvoir appartient à Dieu et que l’amour inébranlable vous appartient, Seigneur. »

Tout au long du poème, le vocabulaire typique des psaumes de confiance est utilisé. Dieu est un « refuge » (versets 7. 8; comparer Psaume 46:1, 7, 11); le psalmiste « attend » en silence (versets 1, 5; comparer Psaume 22:2); le psalmiste dit « Je ne serai pas secoué » (verset 2; comparez Psaume 16:8 et 121:3). Quant à la partie du psaume qui est « instruction », le psaume s’adresse principalement aux autres êtres humains — « Combien de temps allez-vous assaillir une personne » (verset 3), « ayez confiance en lui à tout moment, ô gens » (verset 8), et « si les richesses augmentent, ne mettez pas votre entendu sur eux » (verset 10), et ainsi de suite.

Réunissant les éléments de « confiance » et d' »instruction », le psaume 62 est un poème d' »instruction sur la confiance. »Le psaume est une méditation instructive qui propose d’enseigner quelque chose sur la vie de foi (la vie de confiance).

Apprendre beaucoup d’une Petite Particule — ‘ak

Ce grand maître du malapropisme, Yogi Berra, est réputé une fois avoir plaisanté, « On peut observer beaucoup, juste en regardant. »En ce qui concerne le Psaume 62, le lecteur attentif peut observer un tout petit mot hébreu — ce qui semble se produire beaucoup dans ce court poème. Un tel lecteur pourrait remarquer que le mot hébreu ‘ak apparaît six fois dans ce court poème.

À titre de comparaison, le terme ne se produit que 24 fois dans tout le Psautier — et dans chaque cas, le terme commence une phrase — ce qui signifie que 25% des occurrences du mot se produisent dans ce court poème. Le terme porte à la fois un sens restrictif — « seulement » ou « seul » — ainsi qu’un sens affirmatif — « vraiment » ou « en effet. »2 Le poème joue sur le double sens du terme pour faire un point théologique. Voici les six phrases qui commencent par le terme:

verset 1 Pour Dieu seul (‘ak) mon âme attend en silence. . .
verset 2 Lui seul (‘ak) est mon rocher et mon salut. . .
verset 4 Leur seul plan (‘ak) est de faire tomber une personne d’importance. . .
verset 5 Pour Dieu seul (‘ak) mon âme attend en silence. . .
verset 6 Lui seul (‘ak) est mon rocher et mon salut. . .
verset 9 Ceux de la basse succession ne sont qu’un souffle. . .

Dans la traduction ci-dessus, la Nouvelle Version standard révisée prend toujours le terme de manière restrictive, ce qui signifie toujours « seulement », « seul » ou « mais ». »On pourrait aussi prendre le terme de manière affirmative à chaque point — en le traduisant toujours par « en effet » ou « oui » (donc le TNIV et aussi Goldingay).
Plus probable est l’approche qui mélange les traductions – parfois de manière assétive (« en effet ») et parfois restrictive (« seule »). La vérité est qu’en hébreu, le terme a très probablement un sens de double sens – à chaque point, cela signifie qu’il porte les deux sens du terme. Attendre Dieu seul signifie attendre Dieu en effet ! Espérer vraiment en Dieu signifie qu’il ne faut espérer qu’en Dieu !

Et c’est la grande leçon de foi véhiculée par cette petite particule dans ce court psaume. La vie de foi (la « voie de la confiance dans le Seigneur ») comporte des qualifications à la fois restrictives et assévératives. Faire confiance au Seigneur, selon les Écritures d’Israël, signifie faire confiance au Seigneur seul. Comme le dit le Grand Shema, « Écoute Israël! Le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est un. »

Ce qui signifie que nous avons un seul Dieu — et un seul Dieu. Mais, de plus, n’avoir qu’un seul Dieu, c’est savoir exactement, précisément, définitivement à qui nous confions nos vies — à Dieu en effet ! Ceux qui suivent le Dieu d’Abraham et de Sara sont épargnés par la confusion de ceux qui adorent de nombreux dieux – à qui devons-nous faire confiance en la matière ? – ou de ceux qui ne font confiance à aucun dieu — en quoi dois-je me fier? Ceux qui suivent le Dieu d’Abraham et de Sara ont confiance en Dieu seul, et en Dieu en vérité.

Prêcher le Psaume – Jouer avec la Poésie

Maintenant que le fondement théologique de ce psaume a été exploré, quelques réflexions sur la prédication de ce merveilleux poème. Jouez avec la poésie! Jouez dans la poésie! Entrez dans la riche imagerie de Dieu – mon rocher, mon salut, mon refuge, ma forteresse. Notez également la riche imagerie pour les êtres humains. Parfois, lorsque nous nous sentons opprimés par les autres, nous nous sentons comme « un mur penché, une clôture chancelante. »Mais qui craignons-nous ? D’autres humains, qui nous oppriment, qui ne sont, après tout,  » qu’un souffle. . . dans les balances, ils montent; ils sont plus légers qu’un souffle. »L’image ici joue littéralement avec la façon dont un souffle se dirige sur un ensemble d’anciens équilibres. Lorsqu’ils sont pesés contre Dieu — « mon rocher » et « ma forteresse » – tous les êtres humains sont essentiellement en apesanteur.

Remarquez comment le psaume critique les choses auxquelles nous, les humains, pouvons donner notre allégeance ultime (autre que Dieu). C’est Luther qui a noté que tout ce que l’on craint, aime ou fait le plus confiance, c’est son Dieu. Jésus, de même, a suggéré que là où notre cœur est le plus important. Le psaume parle négativement de mettre son cœur sur la richesse. Si nous poursuivons les richesses, nous en faisons notre dieu. Et ils ne peuvent pas livrer. Le psaume met également en garde contre la crainte des ennemis, qui oppriment. Il est étrange de se rendre compte que si nous craignons l’ennemi qui opprime, nous les reconnaissons d’une certaine manière comme Dieu. Adorer le Seigneur, c’est être libéré de servir tout ennemi humain.

La Promesse

Un dernier commentaire: Les sermons sur la confiance en Dieu peuvent devenir plutôt prêcheurs (au sens négatif) assez rapidement. Pour prêcher sur la confiance, le prédicateur doit à un moment donné dépasser l’instruction sur la façon de vivre la vie de foi (conférence) et passer à la promesse (à la chose qui inspire la foi). Le psalmiste sait que la seule chose qui peut produire la foi est une promesse. Et, en fait, le psalmiste sait que derrière le type de foi que le psalmiste recommande dans ce poème, se cache une promesse:

 » Le pouvoir appartient à Dieu. »
« Un amour inébranlable t’appartient, ô Seigneur. »

Si vous prêchez sur ce psaume, rappelez-vous que c’est cette promesse qui compte vraiment.

1JE suis ici la modification de la NRSV, qui comprend cette clause comme parallèle au verset 1b. NIV, les NJP conservent l’impératif singulier féminin pointant du verbe « se taire », se lisant ainsi: « Oui, mon âme, trouve le repos en Dieu » (donc NIV).
2voir Goldingay, Psaumes 42-89 (Grand Rapids: Baker, 2007) 245.