Au moment de l’annonce du nouveau parti, en novembre 2019, le mal était fait. Le T.P.L.F., irrité par la réduction de son pouvoir et inquiet que le système fédéral du pays soit menacé, n’y avait pas adhéré. Ils n’étaient pas seuls dans leur inquiétude. Dans la région de M. Abiy, Oromia, beaucoup étaient sceptiques quant au nouvel ordre, tandis que le sud de l’Éthiopie sombrait dans le désordre, plusieurs zones administratives exigeant l’autonomie. Après être arrivé au pouvoir sur la promesse de l’unité, M. Abiy avait aliéné et frustré des composantes clés de sa coalition. Soudain, il avait l’air vulnérable.

Le coronavirus a changé le calcul. La très importante élection nationale, prévue pour août, a été reportée; l’accent a été mis sur la façon d’atténuer les dommages causés par la pandémie. Mais les problèmes politiques n’ont pas disparu.

En été, le meurtre d’un musicien oromo populaire — dont les auteurs, selon le gouvernement, agissaient sous les ordres d’un groupe d’opposition armé, l’Armée de Libération Oromo et le T.P.L.F. – déclencher des violences généralisées contre les minorités en Oromia et des assassinats de manifestants par la police, au cours desquels au moins 166 personnes sont mortes. Elle a également entraîné une importante répression contre les dirigeants politiques de l’opposition, y compris l’ancien allié de M. Abiy et désormais farouche critique, Jawar Mohammed.

Puis en septembre, la région du Tigré a procédé à ses élections, au mépris des ordres du gouvernement. Depuis cet acte de subversion, les tensions entre le gouvernement et les dirigeants du Tigré, qui mijotent depuis deux ans, sont vives. La semaine dernière, ils ont basculé dans un conflit ouvert.

Qu’elle dégénère ou non en guerre civile, elle laissera une marque indélébile sur la politique éthiopienne. Ce qui était déjà un pays profondément polarisé deviendra encore plus divisé. Mais surtout, cela pourrait anéantir les espoirs d’une transition démocratique. La liberté d’expression, les libertés civiles et les garanties d’une procédure régulière risquent de se heurter au militarisme et à la répression.

Au Tigré, la possibilité de victimes civiles, d’attaques aveugles et de conflits prolongés pourrait encore aggraver les griefs; dans une région avec une longue histoire de résistance à l’État central, cela pourrait conduire à une insurrection. Les conséquences pour l’ensemble de la région, si le conflit devait s’étendre à l’Érythrée, au Soudan et à Djibouti, pourraient être graves.

À en juger par les mesures prises par M. Abiy au cours de la semaine écoulée, notamment le remplacement du ministre des Affaires étrangères et des dirigeants de l’ensemble du secteur de la sécurité par des loyalistes de confiance, il n’est pas enclin à la désescalade. Le dirigeant qui s’est autrefois engagé à  » travailler dur pour la paix chaque jour et en toutes saisons  » agit plus comme un commandant en chef que comme un premier ministre.

M. Abiy a parcouru un long chemin. La guerre, a-t-il rappelé en acceptant le prix Nobel de la paix, était « la quintessence de l’enfer. »Maintenant, il semble prêt à le rencontrer.

Lemme de Tsedale (@TsedaleLemma) est le rédacteur en chef de la norme Addis.

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